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CRAIG nous à quitté.


Craig, ma souris est partie, je savais que ce jour arriverait, je l’ai redouté pendant des mois, peut-être même des années.

Et pourtant, quand ce samedi 3 janvier 2026 s’est levé, je n’étais pas prêt.

Né en 1972, tu t’es éteint aujourd’hui à l’âge de 54 ans, cinquante-quatre années d’une vie immense, tranquille, majestueuse, cinquante-quatre années dont près de dix ont croisé la mienne, et ont profondément changé ma façon de regarder le monde.

Tu étais mon éléphant fétiche, mon préféré, celui que je photographiais encore et encore, sans jamais me lasser, celui qui est devenu ma muse, presque malgré lui.

Un éléphant que tout le monde admirait pour sa gentillesse, son calme, sa présence apaisante.

Mais pour moi, tu étais bien plus que ça, Tu étais ma souris.

Au fil du temps, j’ai eu l’étrange impression que nous avions tissé un lien invisible, quelque chose qui ne se voit pas, qui ne s’explique pas, presque une forme de télépathie.

Au début, je passais des heures avec toi, des heures à attendre LA photo, les jours s’étiraient lentement, silencieusement.

De nombreux shootings, totalement seul avec toi, face à toi, nos regards ne se quittaient pas, oeil dans l’œil, le fameux petit œil d’éléphant…Quand je plongeais dedans, j’avais l’impression de pouvoir anticiper tes sentiments, ton caractère, ta façon de m’observer.

Pendant que, très doucement, presque en chuchotant, je te disais d’une voix lente et calme :

« Good boy… good boy… »


Puis les mois ont passé, les années aussi, et avec elles, le tourisme de masse est arrivé, bien plus que je ne l’aurais imaginé, beaucoup m’ont dit que j’en étais en partie responsable, que toutes les photos que je publiais de toi avaient déclenché un véritable buzz, peut-être…

Mais jamais je n’aurais pensé que l’admiration pouvait devenir si envahissante, ma dernière visite auprès de toi, je vous en avais parlé, c'était en Mars 2025.

Elle m’avait profondément bouleversé, chaque jour, tu étais entouré par des dizaines de photographes, et pourtant, tu t’étais habitué.

Comme je le disais souvent avec tendresse : « C’était un bon gamin. »

Je pourrais écrire un livre sur toi, tant d’années passées en ta présence, des milliers de photos sur mes disques durs, une infinité de souvenirs, d’innombrables anecdotes.

Comme ce jour où tu refusais obstinément de sortir de ton buisson.

J’avais décidé de prendre mon petit-déjeuner assis sur le capot de mon véhicule, mon café à la main, et d’attendre plus de deux heures, jusqu’à ce que Monsieur Craig décide enfin de venir se faire shooter au Nikon, en se dirigeant tranquillement… vers mon café.


Ce matin-là, au réveil, j’ai ouvert WhatsApp pour prendre des nouvelles du camp au Mara.

Et là…la claque, la nouvelle est tombée, avec la photo.

Je n’ai même pas réussi à finir mon café, je ne sais pas encore exactement de quoi tu es mort, ma souris, les premières informations parlent d’une mort naturelle, quelque chose que j’avais déjà anticipé, presque inconsciemment, dans un de mes derniers posts il y a quelques mois.

Ton alimentation devenue plus difficile, la perte de tes dents, ton âge.

Aujourd’hui, il ne me reste que le silence et cette immense tristesse mêlée de gratitude.

La gratitude d’avoir croisé ton chemin, d’avoir partagé ces regards, d’avoir appris la patience, l’humilité et le respect à tes côtés mais ton départ ne laisse pas un vide que dans mon cœur.

C’est aussi toute la communauté maasaï à qui tu vas manquer, grâce à toi, le tourisme les faisait vivre.

Tu étais devenu bien plus qu’un éléphant : tu étais leur égérie, leur fierté silencieuse.

Le départ de Tim avait déjà fait beaucoup de dégâts, mais le tien…le tien en fera bien davantage.

Tu n’étais pas “juste” un éléphant, tu étais un repère, une présence, un lien entre les hommes, la terre et le vivant, un ami silencieux.

Repose en paix, Craig, tu continueras de vivre à travers mes images, mes souvenirs, et chaque coucher de soleil où ton ombre me reviendra.


Mais à travers elles, il restera à jamais dans nos mémoires.

Adieu, l’ami.

 
 
 

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